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Politique documentaire


Quelques textes de référence

Qu'est-ce qu'une politique documentaire ?
Résumé de l'intervention de JP GABRIELLI, IA-IPR EVS lors des animations départementales (mars-avril 2009)

Bibliographie proposée par l'ESEN

Bibliographie de SavoirsCDI

Bibliographie du CRDP de Grenoble

La politique documentaire académique

Politique documentaire et projet d’établissement : place du CDI et rôle du documentaliste

Le contexte académique et national

La référence au socle commun, l’obligation d’un projet dans chaque établissement et la mise en place des conseils pédagogiques amènent à repenser le rôle du CDI et la fonction du documentaliste. Si la circulaire fondatrice de 1986 garde une large actualité, les fonctions qu’elle évoque et la signification des termes employés ont fortement évolué : une mise à jour s'impose et chaque académie, faute d’un nouveau cadre national toujours attendu et espéré, se doit de définir les orientations d’une politique documentaire reprécisant la place et les missions du documentaliste en EPLE.
Dans son rapport au ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, « Les politiques documentaires des établissements scolaires » - mai 2004 - , Jean-Louis Durpaire rappelle que « l’affirmation de la qualité de formateur du documentaliste, membre à part entière de l’équipe enseignante, a été soulignée et doit continuer à l’être ; mais il faut tout autant insister sur le rôle du documentaliste, professionnel de la documentation et de l’information, en matière d’organisation des ressources documentaires de l’établissement, de leur mise à disposition à l’ensemble de la communauté éducative et donc, sur son rôle de conseil du chef d’établissement et de pilote dans ce secteur ».
Fortement attendue par l’institution, cette évolution mérite un examen attentif et conduit progressivement à l’idée d’une politique documentaire d’établissement.

Deux références originelles sont d’abord à rappeler, l'une nationale, l'autre académique :

1 / le socle commun des connaissances et compétences à acquérir en fin de scolarité obligatoire :
Si la connaissance de l'ensemble des référentiels de chacun des sept piliers du socle doit constituer le tableau de bord indispensable de chacun, le pilier 4 (maîtrise des technologies usuelles de l'information et de la communication) occupera naturellement une place centrale, en particulier pour le suivi et la participation au dispositif du B2i, tant au lycée général et professionnel qu'en collège. Les formations de proximité organisées par les différents opérateurs de formation (DAFPEN, IUFM,CRDP…) permettront de mettre l'ensemble des enseignants, et en particulier les documentalistes, à hauteur des ambitions affichées.

2/ Le projet académique (2007/2010) :

Les quatre priorités académiques (individualisation, parcours, responsabilisation et internationalisation) rencontrent d’une manière ou d’une autre la préoccupation documentaire et interrogent le CDI à travers la déclinaison locale de ces orientations.

Individualisation
Différencier les pratiques pédagogiques au sein de la classe (nous dirons le CDI) en s’appuyant sur une identification précise des besoins personnels des élèves dans la logique des programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE). des ateliers de soutien ou de l’accompagnement éducatif

Parcours
Aider chaque élève en lui fournissant les ressources nécessaires à construire un parcours de formation qui réponde à ses aptitudes et aspirations et lui permette de s’insérer dans une société dont les besoins ne cessent d’évoluer.

Responsabilisation
Prévenir les conduites à risques par la construction de l’estime de soi et l’apprentissage de la responsabilité : le documentaliste travaille en partenariat avec le CPE, l’infirmière et le professeur principal.

Internationalisation
Offrir aux élèves et aux équipes éducatives, par une meilleure maîtrise pratique en langues vivantes, les moyens de s’ouvrir sur leur environnement, l’Europe et le monde.


La première mission du documentaliste : mettre en place un service documentaire au CDI

Il s’agit avant tout, de disposer d’un outil fiable et fonctionnel : c'est pourquoi, la première mission est d'organiser le service documentaire du CDI.
Le protocole d'inspection en vigueur dans l'académie demande à chacun de préciser les ressources de toute nature disponible au CDI et hors CDI, la composition des espaces (lieu, superficie, salle attenantes...), la nature de équipements, la structure du fonds documentaire et les budgets alloués, mutualisés, s’il y a lieu, avec les crédits de discipline.

Une fois ce préalable assuré, le CDI devient le service d'accueil documentaire des élèves, des enseignants et de tous les acteurs de l'établissement avec des horaires d'ouverture adaptés aux besoins des usagers et d’une amplitude suffisante. Disponibilité, convivialité et réactivité dans les réponses sont ses meilleurs atouts.
Relèvent de cette mission première : la gestion informatisée du fonds documentaire, sa valorisation et sa mise à disposition, la recherche d'une classification pertinente, le service du prêt, la signalétique d'accès aux différents espaces documentaires , la gestion des commandes et le suivi des crédits, l’organisation des présentoirs, la structuration du fonds documentaire, la diffusion des nouveautés, le désherbage, la relation avec le gestionnaire (budget, commande, manuels scolaires...).


Du service au projet documentaire

Une fois le service organisé, le projet documentaire introduit le documentaliste au cœur de la pédagogie et de l'apprentissage des élèves, dans une perspective de changement et d'adaptation des pratiques pédagogiques, conformément aux missions assignées au système éducatif :
- l'enseignement, la transmission des savoirs et des savoir-faire ;
- l'éducation, l'ouverture culturelle et sociale ;
- l'orientation et la préparation de l'insertion.
La formation à la maîtrise de l’information que dispense le documentaliste ne touche pas un champ disciplinaire particulier mais une multitude de savoirs : à chaque étape de sa scolarité, l'élève devra être capable de connaître les techniques documentaires, de donner un sens à une information, de l’exploiter et de savoir transférer certaines compétences d'une discipline à l'autre. Un enseignement conceptuel spécifique sur des notions comme « auteur », « document », « source », relève bien d’une compétence spécifique et d’un savoir théorique info-documentaire en voie de constitution progressive. Le but d'une recherche n'est pas nécessairement une production mais d'abord l'activité intellectuelle qui la soutient, autrement dit l'appropriation et la découverte de connaissances, connectées avec les savoirs déjà possédés. A l'heure d’une banalisation des usages de l'Internet, il est indispensable de former les futurs citoyens à la maîtrise conceptuelle (et pas seulement technique) de l'information et des nouveaux outils, de donner une nouvelle dimension à la communication et de promouvoir de nouvelles pratiques dans l'enseignement scolaire.
L'égalité de tous à l'accès à l'information suppose de posséder les clés de ces systèmes ; ces compétences en maîtrise de l’information ne sont pas innées, elles s’acquièrent à travers de multiples situations (repérage de l’information, maîtrise des supports, exploitation et évaluation, restitution).


Cette démarche de projet est à partager avec les enseignants. Elle consiste à :
- s'appuyer sur une connaissance précise des besoins du public : les élèves, les enseignants mais aussi les autres acteurs de l'établissement, sans oublier les parents et les partenaires extérieurs ;
- identifier et recenser toutes les ressources disponibles ;
- élaborer des propositions collectives et travailler en équipe dans les conseils d'enseignement ou le conseil pédagogique pour organiser des actions communes ;
- opérer les acquisitions nécessaires pour mener les actions retenues ;
- communiquer sur le projet documentaire dans les différentes instances et réunions, en particulier au conseil d'administration et sur les pages du site internet de l'établissement ;
- assurer une évaluation régulière du projet en particulier dans le rapport d'activité annuel remis au chef d'établissement.
Dans l'élaboration du projet documentaire, l'initiative et les avancées dépendent du documentaliste : il est le coordonnateur du projet, les enseignants en sont les acteurs tandis que le chef d'établissement crée, en les régulant, les conditions du travail d'équipe et des échanges.
Un tel projet, reflet de l'activité pédagogique et documentaire du CDI (cf.document préparatoire à l'inspection) doit faire l’objet d’une évaluation qui peut, en fonction des différentes tâches, s'appuyer sur plusieurs indicateurs : fréquentation du CDI par les élèves, les enseignants et les autres acteurs de l'établissement, participation à des actions interdisciplinaires, préparation en commun de séquences d'enseignement, réponses aux sollicitations, validation du B2i, ouverture culturelle et partenariats, concours de lecture ou d'écriture, invitations d'auteurs, expositions, actions d'incitation à la lecture, initiatives spécifiques ( Semaine de la presse, EDD, culture scientifique et technique...).


Vers une politique documentaire d'établissement :

On peut définir la politique documentaire comme l’ensemble des objectifs que vise un service documentaire pour répondre aux besoins d’un public bien défini.
A mesure que les enjeux d'un accès raisonné à l'information sont mieux compris par la communauté éducative, le rôle du CDI en établissement s’amplifie et les missions du documentaliste s'élargissent : on passe alors progressivement du simple projet documentaire à une politique plus globale et plus systématique
Le CDI devient dans l’établissement un carrefour en réseau avec d'autres sites ( bibliothèques, CRDP, IUFM, institutions culturelles…).C'est un centre stratégique d'apprentissage pour tous les acteurs en méthodes et en outils nécessaires à l'appropriation de l'information : accès au document, questionnement, traitement et validation de l'information, interactivité, confrontation des sources, droits d'auteurs.... C'est enfin un lieu d'ouverture et d'innovation, un rouage dynamique de l'établissement.

A la différence du projet documentaire, la politique documentaire ne relève pas de la seule responsabilité du documentaliste, mais renvoie au pilotage de l’établissement et à son projet dans un objectif commun et partagé par la communauté éducative : tandis que le CDI devient un outil documentaire à la disposition de tous les acteurs, le documentaliste devient pour sa part, en tant que professionnel de l’information, une personne-ressource en ingénierie pédagogique et documentaire.
Il lui appartient, pour faciliter la mise en place d’une véritable politique documentaire intégrée au projet d’établissement, de préciser, en concertation avec l’équipe éducative, quels sont les usagers du CDI , les services offerts, les projets qu’il peut proposer, les acquisitions prévues, le fonctionnement du système d’information et du centre de ressources, les conditions de formation des élèves en matière d’information, les modalités d’accès à Internet et à l’Intranet de l’établissement, l’apport du CDI dans son intranet ou son ENT, l’ouverture sur l’environnement culturel et économique, le soutien aux actions en faveur de la lecture, ainsi que les moyens nécessaires à cette politique.
« Mettre en place une politique documentaire, rappelle Jean-Louis Durpaire, c'est d'abord définir les besoins des usagers en matière de ressources documentaires. C'est créer de nouveaux besoins (lecture, recherche d'information…). C'est aussi définir l'accès aux ressources, réelles et virtuelles. Enfin, c'est définir la performance du système documentaire, à partir d'indicateurs qui permettent l'évaluation qui infléchira la politique documentaire….
La politique d’acquisition est également un élément essentiel de la politique documentaire. Son objectif est de constituer un fonds en adéquation avec les besoins des usagers ».


S’appuyant sur des constats statistiques (fréquentation, nombre et nature des prêts,…) et qualitatifs, une telle politique documentaire se construit obligatoirement à partir d’une évaluation des résultats. Le rapport d’activité procédera à une évaluation annuelle de sa mise en œuvre en s’appuyant sur des éléments d’appréciation qualitatifs et quantitatifs.
Le documentaliste présentera la politique documentaire au conseil d’administration après s’être assuré qu’un consensus s’est établi autour de grands axes et qu’elle peut être mise en place, ce qui suppose une réflexion commune menée en amont dans les instances adaptées : conseil pédagogique, conseil d’enseignement, journée banalisée, réunion de rentrée. Des coopérations avec les établissements voisins et, pour les collèges, avec les écoles primaires du secteur, seront recherchées. L’ouverture des ressources documentaires de l’établissement à l’environnement local sera favorisée, en partenariat avec le réseau des bibliothèques.

La politique documentaire doit également intégrer et préserver les évolutions positives du système éducatif :
- les dispositifs pédagogiques transversaux : chaque fois qu’ils ont pu être maintenus ou mis en œuvre, ces dispositifs (TPE, PPCP, ECJS, IDD...), qui articulent harmonieusement les logiques disciplinaires et les logiques documentaires, favorisent le passage d’une logique de programme à une logique de projets ;
- le développement des technologies de l’information et de la communication dans la fonction documentaire : elles permettent d’optimiser les outils documentaires. Il s’agit de placer l’outil informatique au service de la pédagogie et des apprentissages : accès au document, questionnement, accès à l’information et son traitement, identification de l’auteur, validation, interactivité, confrontation des sources, travaux individuels ou de groupes, autonomie, capacité d’initiative …L’évaluation des items du B2i est à cet égard un exemple privilégié.
- la mise en œuvre des ENT est en cours et le documentaliste a un rôle important à jouer dans ce nouvel espace virtuel et ce, à plusieurs titres : en tant que spécialiste des sciences de l’information et de la communication, il participe à la réflexion transversale de l'équipe éducative sur l’organisation et le choix des ressources, en tant que gestionnaire du centre de ressources, il contribue à enrichir l’ENT (nouvelles acquisitions, actualités…), en tant qu’enseignant, il exploite les outils facilitant la formation des élèves, enfin, en tant que spécialiste du traitement documentaire, il peut conseiller les usagers dans l’indexation des ressources.

Un tel engagement dans l’établissement demande au documentaliste d’actualiser constamment connaissances et compétences, particulièrement en matière de système d’information et de techniques documentaires et à l’académie de prévoir les moyens de cette mise à niveau permanente (formations de proximité, URFIST, CRDP…).

Au centre du système informationnel de l’établissement et de ses ressources, le documentaliste est ainsi amené à jouer un rôle clé en contribuant à la définition de la politique documentaire de l’établissement.
Lieu de transversalité, le CDI est ainsi au cœur d’enjeux sociaux et culturels essentiels : dans une logique de formation tout au long de la vie, initier aujourd’hui les élèves à la recherche documentaire, à l’analyse ainsi qu’à l’exploitation de l’information et de la communication, c’est leur donner les moyens de construire leur propre savoir, de préparer leur vie professionnelle et de mieux appréhender la complexité du monde. Si un tel pari n’est pas relevé, on augmente le risque d’en faire des « orphelins de l’information » et les « nouveaux prolétaires du savoir ».

Les IA-IPR EVS Jean-Pierre Gabrielli, Roger Keime, Eric Fardet